Les darons sont trop facilement “des pères géniaux”

épisode 7

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Avez-vous déjà entendu parler de Rob Kenney, qui vit à Seattle, aux États-Unis ? Sans doute pas, et il est pourtant devenu une star de YouTube, sans vraiment chercher le succès.

Au départ, Rob voulait lancer une chaîne de tutos pratiques du quotidien, des questions de la vie d’adulte. Des problèmes sur lesquels Rob n’a jamais pu avoir d’aide de son propre père, qui s’est barré quand il avait 12 ans.

Rob s’est donc décidé à se lancer après que sa fille ainée, 27 ans, qui vit loin de lui, l’a appelé avec des tas de questions de “la vie d’adulte”. 

Quand je parle de tutos pratiques, c’est vraiment très pratique, en allant de “comment se raser ?” à “comment réparer une chasse d’eau” en passant par “comment repasser une chemise ?”

Du contenu a priori basique, et qui a pourtant rencontré en l’espace de quelques semaines un succès foudroyant sur Internet. Il a suffi d’une semaine pour que Rob se retrouve avec 2 millions d’abonnés, sans même qu’il se rende compte de ce qui lui était arrivé.

Dans ses vidéos, Rob est tout ce qu’on pourrait attendre d’un père : simple, bienveillant, aidant, aimant et accessible. Son succès fulgurant prouve deux choses :

  • Le manque dramatique de la figure paternelle bienveillante dans notre société. Dans The Work, un documentaire dont je vous parlais dans ce post : Comment j’ai arrêté de détester les mecs, un prisonnier fait toute une tirade sur les fatherless sons, les fils qui grandissent sans père, mais aussi sans repère. Rob ne fait rien d’exceptionnel dans ses vidéos : il donne des conseils basiques de la vie quotidienne. Ah si, il termine souvent ses vidéos par “Je vous aime, les enfants, je suis fier de vous”.

    Cette petite touche d’amour a sans doute contribué grandement au buzz fantastique qu’il a connu. Il suffit de lire les commentaires dans sa vidéo qu’il a intitulé “I’m proud of you” – Je suis fier de vous, une vidéo où il explique qu’il est déboussolé par ce succès si soudain.

    Cette preuve de vulnérabilité, toute simple, toute… humaine finalement, a été vue plus d’1m de fois et a entraîné des commentaires très représentatifs du paysage des darons en 2020. C’est assez effarant de voir le nombre de gens bouleversés par cet inconnu qui vous complimente, l’un des tops commentaires disant littéralement “personne ne m’a jamais dit qu’il était fier de moi”.
  • L’autre chose qui me frappe dans le succès de Rob, mais aussi dans ma propre vie, c’est à quel point l’attente envers les pères est dramatiquement basse. Il y a clairement un double standard qui se joue là aussi : croyez-vous vraiment qu’une chaîne lancée par une mère de 50 ans, sur le même concept, aurait eu autant de succès ? Sans doute pas, pour une raison simple : on attend des mères qu’elles assurent. C’est la base les concernant.

    La semaine passée, Papa Plume, que j’ai interviewé il y a quelques mois dans Histoires de Darons, a été applaudi par toute la foule des réseaux sociaux parce qu’il a posté une photo de son neveu en train de jouer à la poupée, expliquant à quel point c’était important à ses yeux de laisser ce ptit mec évoluer avec des jouets dits pour les filles. Ce n’est pas pour dénigrer le post de Papa Plume, bien sûr que non et au contraire, bravo à lui de prendre la parole sur le sujet, il est temps que des pères le fassent… mais on peut aussi légitimiment se poser la question est-ce qu’on aurait encensé de la même façon une mère qui aurait posté la même chose ? Sans doute pas.

    Pour prendre un exemple me concernant, je reçois régulièrement des messages de lectrices et lecteurs de madmoiZelle vantant mes mérites de père, me disant à quel point je suis un bon papa. Mais non, pas du tout, les gars. Je suis un père qui a été absent 4 jours par semaine depuis les 7 dernières années pour les besoins de son projet d’entreprise, qui a laissé la charge du quotidien à sa femme pendant tout ce temps. Mais le simple fait d’être à l’écoute, de dire à mes filles que je les aime, de leur donner de la confiance, d’être là quand elles en ont besoin, et de prendre soin d’elles quand on se retrouvait ensemble, a suffi à faire de moi un “papa génial” aux yeux du monde.

    C’est dire à quel point le niveau d’atteinte envers les darons est stratosphériquement bas : être humain et se soucier de ses enfants est suffisant pour recevoir sa médaille de bon daron. Le piège dans tout ça, c’est qu’on peut très vite s’en contenter. Je m’en suis contenté. Ha bah si le reste du monde dit que je suis un bon père, c’est sans doute que je le suis. Entendez-moi bien : je ne me suis jamais laissé “avoir” entre guillemets par ces compliments.

    Les seules personnes habilitées à dire si je suis un bon père, ou pas, ce sont mes filles. Mais tout de même : je me suis laissé entraîner par ça. Et clairement, j’aurais pu faire mieux, et je sais encore aujourd’hui que je peux mieux faire, d’autant plus avec cette nouvelle dynamique entraînée par notre séparation. 

Pour conclure, oui, on peut se réjouir que tout ça va dans le bon sens : le congé paternité allongé est un premier pas qui mérite d’être encore étendu, les figures paternelles changent à toute vitesse, avec de plus en plus d’exemples sur les réseaux de pères au foyer, et j’espère qu’à son niveau, ce podcast fait aussi sa petite part du travail, mais oui, clairement, les darons sont trop facilement des papas géniaux, je crois qu’on gagnerait tous à éliminer cette différence de considération entre les pères et les mères.

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Présenté par
Fabrice FLORENT

Hôte d'Histoires de Darons et Histoires de Succès, deux podcasts d'interviews. Accessoirement fondateur de madmoiZelle et Rockie, deux magazines web qu'ils sont bien.

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